Journal · Observation

Réseau ou amis

Tout le monde dit venir pour le réseau. Quand on demande, un an plus tard, ce qui a réellement compté, personne ne parle de réseau.

Il y a un décalage étrange entre ce que les dirigeants déclarent chercher et ce qu’ils gardent. À l’entrée, tout le monde parle d’opportunités, de synergies, de contacts qualifiés. À la sortie, quand on demande ce qui a compté, on obtient invariablement des prénoms.

Un problème de vocabulaire

Ce décalage n’est pas de l’hypocrisie. C’est que le vocabulaire professionnel n’offre pas de mot acceptable pour dire qu’on aimerait rencontrer des gens qu’on apprécie. « Chercher du réseau » est présentable. « Chercher des amis » sonne comme un aveu de faiblesse, surtout passé quarante ans, surtout quand on dirige.

Alors on habille. On dit qu’on va « développer son écosystème », qu’on cherche des « pairs inspirants ». Ce sont des périphrases pour dire une chose simple : diriger est un métier isolant, et on aimerait des gens avec qui parler franchement.

Personne n’écrit dans son agenda « chercher des amis ». Tout le monde écrit « networking ». C’est pourtant la même case.

Ce que ça change concrètement

Cet écart a une conséquence pratique : les dirigeants choisissent leurs clubs sur des critères qui ne correspondent pas à ce qu’ils veulent réellement. On regarde le prestige des membres, la qualité des intervenants, le nombre d’adhérents. Aucun de ces critères ne prédit si vous vous ferez des amis.

Les critères qui comptent vraiment sont beaucoup plus prosaïques : combien de personnes à table, est-ce qu’on est assis, est-ce que la composition change, est-ce qu’on peut y dire qu’on ne va pas bien. Ce sont des critères de dîner entre amis, pas de club d’affaires. Et c’est logique, puisque c’est ce qu’on cherche. Ils ne tiennent d’ailleurs pas au dîner : un tournoi de padel entre dirigeants où l’on garde le même binôme toute une saison, comme la Padel Circle Cup, coche les mêmes cases, peu de monde, les mêmes visages pendant des mois, et rien à vendre.

L’amitié est accessoirement plus rentable

Le paradoxe est que la logique amicale produit plus d’opportunités que la logique transactionnelle. Une personne qui vous apprécie pense à vous spontanément, vous recommande sans qu’on le lui demande, vous prévient quand elle entend quelque chose d’utile. Un contact qualifié rencontré à un salon ne fait rien de tout ça.

Ce n’est pas une raison pour instrumentaliser l’amitié : ça se voit immédiatement et ça annule l’effet. C’est simplement une observation qui devrait rassurer ceux qui hésitent à assumer ce qu’ils cherchent. Chercher des gens que vous appréciez n’est pas une distraction par rapport à votre métier. C’est probablement la meilleure décision professionnelle disponible.

Pourquoi nous le disons ainsi

Nous avons choisi d’écrire sur notre site que c’est là où les fondateurs deviennent amis, plutôt que de parler d’écosystème ou de réseau qualifié. Ce n’est pas une posture : c’est ce que les gens nous disent après coup, une fois qu’ils n’ont plus besoin de justifier leur présence.

Cela nous coûte probablement quelques candidatures de dirigeants qui trouvent le mot déplacé dans un contexte professionnel. Nous préférons ça au risque de faire venir des gens qui cherchent des clients, et qui repartiraient déçus d’une table où personne ne vend rien.

À lire ensuite

Une table de six, deux fois par mois.

Aden Society est un cercle privé de fondateurs à Paris. Les 1er et 3e mardis, six personnes à table. Pas de pitch, pas d’animateur. La candidature prend trois minutes.